Dans toute organisation, l’information désagréable circule mal vers le haut. Ce n’est pas un défaut de caractère des salariés : c’est une propriété du dispositif.
En un mot. Comment faire en sorte que les mauvaises nouvelles arrivent jusqu’à ceux qui décident.
Ensemble des conditions qui permettent à une information défavorable de circuler du bas vers le haut d’une organisation : sécurité perçue de celui qui parle, canaux ne passant pas uniquement par la ligne hiérarchique, et traitement visible de ce qui remonte.
Les défaillances graves sont presque toujours connues de quelqu’un, en bas, bien avant d’éclater. L’enquête qui suit découvre régulièrement que plusieurs personnes savaient et n’ont rien dit. On conclut à un problème de culture ; c’est plus simple et plus structurel que cela : dans la plupart des organisations, celui qui annonce un problème devient le problème, et chacun l’a observé une fois.
Trois conditions doivent être réunies simultanément, et l’absence d’une seule suffit à produire le silence. La sécurité : celui qui parle doit avoir vu, concrètement, que d’autres l’ont fait sans conséquence — un discours sur la liberté de parole ne pèse rien contre un exemple contraire. Le canal : si la seule voie passe par le supérieur direct, et que le problème concerne précisément ce supérieur, il n’existe pas de voie. Il faut une deuxième route, latérale ou dédiée. Et le retour visible : une alerte qui disparaît sans réponse enseigne à tous que cela ne sert à rien, et la troisième fois, plus personne ne signale. Un indicateur simple permet d’évaluer une organisation : quand une direction affirme n’avoir reçu aucune alerte, ce n’est presque jamais parce qu’il n’y a pas de problème — c’est le signe que le dispositif ne fonctionne pas.
L’absence totale d’alertes est le signal le plus inquiétant qu’une direction puisse recevoir, et c’est celui qu’elle interprète le plus volontiers comme une bonne nouvelle. Dans une organisation de taille moyenne, il se passe toujours quelque chose qui mériterait d’être signalé. Si rien ne remonte, ce n’est pas le calme : c’est le silence.
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