À chaque étape, quelqu’un laisse passer ou retient. David Manning White l’a montré dès 1950 en suivant un seul chef d’édition : ses refus étaient largement personnels. Le filtrage s’est depuis déplacé vers les organisations et les algorithmes.
En un mot. Le tri qui s’opère à chaque étape entre ce qui arrive dans une rédaction et ce qui est publié.
La notion de gatekeeping, appliquée à l’information par David Manning White en 1950 dans son étude d’un chef d’édition qu’il nomme « Mr Gates », décrit le processus de sélection successive des informations. Les travaux ultérieurs, notamment ceux de Pamela Shoemaker et Timothy Vos, ont déplacé l’analyse de l’individu vers les niveaux organisationnel, institutionnel et systémique : les routines de travail, la hiérarchie, les contraintes économiques et l’environnement pèsent davantage que les préférences personnelles.
Le filtrage est invisible pour le public : il ne voit que ce qui est passé. Rendre visibles les critères de tri est une exigence de redevabilité, et c’est aussi ce qui permet à une rédaction de corriger ses propres angles morts.
Le filtrage s’exerce en cascade : quelles dépêches sont regardées, quels sujets sont proposés, lesquels sont retenus en conférence, lesquels reçoivent des moyens, lesquels sont publiés, lesquels sont mis en avant. Chaque étage retire davantage qu’il n’ajoute. Sur les plateformes, un étage supplémentaire s’ajoute : la distribution algorithmique, qui décide de ce qui est vu.
Une rédaction constate en fin d’année que 80 % de ses sujets locaux portent sur trois communes sur quinze. Aucune décision n’a jamais été prise en ce sens : c’est le filtrage cumulé (proximité des sources, facilité d’accès, habitude) qui l’a produit.