Rester assez longtemps pour que les gens cessent de jouer un rôle. L’immersion produit ce qu’aucun entretien ne donne, et pose des questions éthiques qu’il faut trancher avant de partir.
En un mot. Passer plusieurs jours ou semaines avec les gens dont on parle.
Définition
L’immersion prolonge l’observation directe jusqu’à ce que la présence du journaliste cesse de modifier les comportements. Elle exige un accord clair sur les conditions de présence, une prise de notes systématique et une vigilance constante sur la distance professionnelle.
Pourquoi c’est important
Les deux premiers jours, on observe une représentation. Ce qui se passe réellement apparaît ensuite. C’est la seule méthode qui donne accès aux pratiques ordinaires, celles que personne ne raconte parce qu’elles vont de soi.
Méthode, étape par étape
Obtenir un accord explicite sur les conditions : durée, accès, ce qui sera publié.
Se présenter comme journaliste à chaque nouvelle personne rencontrée.
Rester assez longtemps : les premiers jours ne comptent pas.
Noter chaque jour, le soir même, sans attendre.
Séparer strictement ce que l’on voit et ce que l’on interprète.
Surveiller la proximité : on finit par adopter le point de vue de ceux qu’on suit.
Interroger aussi ceux que le groupe critique.
Prévenir avant publication les personnes les plus exposées.
Un cas concret
Trois jours dans une école ne montrent que des journées préparées. La deuxième semaine, on voit le vrai fonctionnement : les arrangements, les manques, les solidarités. C’est là qu’est l’information.
Les erreurs à éviter
Ne pas se présenter comme journaliste à toutes les personnes présentes.
S’identifier au groupe observé et perdre la distance.
Publier des scènes intimes sans avoir prévenu.
Écourter : une immersion trop brève produit du décor, pas du fond.
Les bons réflexes
Se présenter, systématiquement, à chaque personne.
Notes le soir même, tous les jours.
Interroger ceux que le groupe critique : c’est le contrepoids indispensable.