Gaye Tuchman a montré que l’objectivité fonctionne surtout comme un rituel protecteur. Le débat contemporain lui préfère la transparence de la méthode, et distingue l’équité de l’équilibre mécanique.
En un mot. Peut-on être neutre ? Et si non, que doit-on garantir à la place ?
Gaye Tuchman a analysé l’objectivité comme un « rituel stratégique » : un ensemble de procédures (citer les deux camps, attribuer les affirmations, ordonner l’information) qui protège le journaliste des critiques plus qu’elles ne garantissent la vérité. Le débat contemporain, formulé notamment par Jay Rosen sous l’expression de « vue de nulle part », reproche à cette posture de dissimuler des choix inévitables. Plusieurs traditions professionnelles lui substituent des exigences vérifiables : exactitude, équité, complétude, transparence de la méthode.
L’enjeu est très concret : donner un temps de parole égal à une position étayée et à une position marginale n’est pas de l’équilibre, c’est une déformation. C’est le problème du « faux équilibre », particulièrement documenté sur les questions scientifiques.
L’exactitude porte sur les faits, l’équité sur le traitement des personnes, la complétude sur ce qui est inclus, la transparence sur la méthode. Ces quatre exigences sont vérifiables ; la neutralité de l’intention ne l’est pas. Elles n’interdisent pas de conclure : elles imposent de montrer comment on est arrivé à la conclusion.
Traiter à parts égales un consensus scientifique et une position isolée donne au public une image fausse de l’état des connaissances. L’équité consiste à mentionner la position minoritaire en indiquant sa place réelle dans le débat, pas à lui accorder la moitié de l’article.
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