Pourquoi un fait devient une information : soudaineté, ampleur, proximité, négativité, notoriété, conflit, exclusivité. Des critères identifiés par Galtung et Ruge, actualisés depuis, et qui décident encore de la « une ».
En un mot. La liste des qualités qui font qu’un événement est traité par les médias plutôt qu’un autre.
Johan Galtung et Mari Holmboe Ruge ont proposé en 1965, à partir de l’étude de la couverture de crises internationales, une série de facteurs favorisant la sélection d’un événement : fréquence courte, seuil d’intensité, absence d’ambiguïté, proximité culturelle, prévisibilité, inattendu, continuité, composition de l’édition, référence aux nations et aux personnes puissantes, référence aux personnes, négativité. Tony Harcup et Deirdre O’Neill en ont proposé une révision empirique à partir de la presse britannique, ajoutant notamment l’agenda du média lui-même, le divertissement, et les contenus fournis par des sources organisées.
Ces facteurs expliquent des biais systématiques : la préférence pour l’événement soudain sur le processus lent, pour le proche sur le lointain, pour le conflit sur la coopération. Le changement climatique, la pauvreté ou la réussite d’une politique publique cochent peu de cases, ce qui explique leur sous-traitement structurel.
Les valeurs se cumulent : plus un événement en réunit, plus il a de chances d’être traité et bien placé. Un fait qui n’en réunit aucune peut être important et rester invisible. C’est le principal angle mort du métier.
Une politique publique qui fonctionne ne coche aucune valeur : rien de soudain, rien de négatif, aucun conflit. Elle devient traitable si l’on trouve l’élément inattendu (« ce quartier a divisé par deux l’abandon scolaire) ; personne ne l’a remarqué », ou l’échéance qui la met en jeu.
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