Une contrainte imposée de l’extérieur, une contrainte intériorisée, une règle publique, une règle que la profession se donne. Le mot « censure » sert à désigner les quatre, ce qui protège les trois autres.
En un mot. Ce qui sépare une interdiction imposée par un pouvoir, un renoncement que l’on s’impose, une règle légale et une règle professionnelle.
La censure est l’interdiction préalable ou la suppression d’un contenu par une autorité. L’autocensure est le renoncement d’un journaliste ou d’une rédaction, par anticipation d’une sanction, d’une pression ou d’une désapprobation. La régulation désigne l’encadrement par des règles publiques et une autorité chargée de les appliquer. La déontologie est l’ensemble des règles que la profession se donne à elle-même.
Le mot censure est employé pour désigner toutes les situations où quelque chose n’est pas publié, ce qui produit deux effets opposés et également nuisibles. Il banalise la censure réelle, en la mettant sur le même plan qu’une décision éditoriale ordinaire. Et il permet de qualifier de censure toute règle déontologique, ce qui dispense de la discuter sur le fond.
Le partage se fait sur deux axes : l’origine de la contrainte, et son caractère public. La censure vient d’un pouvoir extérieur et s’impose. La régulation vient d’une autorité mais selon des règles publiques, opposables et contestables devant un juge — c’est cette possibilité de recours qui la sépare de la censure. La déontologie vient de la profession elle-même et n’a généralement pas de force contraignante. L’autocensure, enfin, ne vient de personne : c’est sa caractéristique la plus dangereuse, car elle ne laisse aucune trace et ne peut pas être contestée, personne n’ayant rien demandé.
L’autocensure est la plus difficile à combattre parce qu’elle est invisible. Aucune consigne n’a été donnée, aucun sujet n’a été refusé, aucune trace n’existe : simplement, le sujet n’a pas été proposé. Le seul dispositif qui la rende visible est le décompte régulier de ce qui n’est pas traité, et il suppose que quelqu’un pose la question en conférence.
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