Un terrain où l’information circule plus vite que la science, où les chiffres changent de définition en cours de route, et où le journaliste est lui-même un vecteur.
En un mot. Rendre compte d’une épidémie sans propager ni la maladie ni les fausses informations qui l’accompagnent.
Couverture d’un épisode épidémique, soumise à trois contraintes simultanées : une connaissance scientifique évolutive, des indicateurs dont la définition change en cours de crise, et une exposition physique du journaliste qui en fait un vecteur potentiel.
Les chiffres d’une épidémie sont le point le plus dangereux de sa couverture. Cas confirmés, cas probables, cas suspects, décès attribués, décès en excès : ces catégories ne mesurent pas la même chose, et leur définition change au fil de la crise selon les capacités de test disponibles. Comparer deux périodes sans le savoir produit des courbes fausses — et une courbe fausse se partage bien mieux qu’une correction.
Trois exigences se superposent. Sur les chiffres : demander systématiquement la définition employée et la date, et ne jamais comparer deux périodes sans avoir vérifié que la définition n’a pas bougé. Sur la science : distinguer ce qui est établi, ce qui est probable et ce qui est en cours d’étude, et présenter une révision comme le fonctionnement normal de la méthode plutôt que comme un revirement. Sur le terrain : le journaliste circule entre des lieux, et il peut transporter la maladie — respecter les protocoles n’est pas une précaution personnelle mais une obligation envers ceux qu’il va rencontrer ensuite.
En Guinée, l’épidémie d’Ebola a montré que le traitement médiatique fait partie de la riposte ou de son échec. Une couverture qui relaie uniquement la parole des autorités, dans une langue et depuis un lieu éloignés des communautés touchées, alimente la défiance au lieu de la réduire — et la défiance tue, parce qu’elle éloigne les malades des soins.
Cette carte comporte 1 question de contrôle, dans la version interactive.