Diffuser le même journal en quatre langues n’est pas le traduire quatre fois. C’est l’écrire quatre fois, et accepter que le résultat diffère.
En un mot. Produire l’information dans plusieurs langues pour un même public, à la radio.
Dispositif éditorial multilingue : production d’éditions distinctes, en langue officielle et en langues nationales, avec adaptation du vocabulaire, des références et parfois de la hiérarchie de l’information selon les publics visés.
C’est, dans une grande partie de l’Afrique de l’Ouest, la condition même d’informer : une édition en langue officielle n’atteint qu’une partie de la population, et pas celle qui a le moins d’autres accès à l’information. L’édition en langue nationale n’est donc pas un supplément communautaire, c’est le cœur du service rendu.
La difficulté n’est pas la traduction mais le vocabulaire manquant. Les termes institutionnels, juridiques, économiques et sanitaires n’ont pas toujours d’équivalent établi, et chaque journaliste invente alors le sien — avec pour résultat qu’un même terme est rendu de trois façons selon l’édition, et que l’auditeur ne reconnaît pas qu’il s’agit de la même chose. La parade est un lexique partagé, construit par la rédaction, discuté et tenu à jour : il vaut mieux une formulation imparfaite employée par tous qu’une formulation élégante employée par un seul. Deuxième point : l’oral ne se calque pas. Une phrase écrite pour la langue officielle, traduite littéralement, produit une syntaxe que personne ne parle. On réécrit pour l’oreille. Troisième point, le plus délicat : la hiérarchie peut légitimement différer, puisque les publics ne sont pas les mêmes — mais les faits, eux, ne varient pas d’une édition à l’autre.
Le vocabulaire est le point dur, pas la traduction. Faute de lexique commun, « assemblée nationale », « taux d’intérêt » ou « vaccination de rappel » sont rendus différemment par chaque journaliste, et l’auditeur qui écoute deux éditions croit entendre deux informations. Un lexique imparfait mais partagé vaut mieux que la justesse individuelle.
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