Se présenter, demander la permission, laisser la sortie ouverte, ne jamais insister. La méthode qui protège la personne et donne, en prime, un meilleur témoignage.
En un mot. Recueillir la parole de quelqu’un qui vient de vivre un événement violent.
Définition
L’entretien avec une personne en état de choc obéit à des principes établis par les travaux sur le trauma : rétablir un sentiment de contrôle, expliquer ce qui va être fait de la parole, ne jamais contraindre, et accepter l’interruption à tout moment.
Pourquoi c’est important
Un entretien mal conduit peut aggraver l’état de la personne, et il produit en outre un témoignage moins fiable : le stress altère le récit. Les précautions ne relèvent donc pas seulement de l’éthique, elles améliorent le matériau.
Comment ça marche
Le principe central est la restitution du contrôle. Une personne traumatisée a subi une situation qu’elle ne maîtrisait pas. Tout ce qui lui rend une décision, y compris celle de refuser, la protège. Cela commence par demander plutôt que par commencer.
Méthode, étape par étape
Se présenter complètement : nom, média, ce que l’on fait là.
Demander l’autorisation avant de sortir un micro ou une caméra.
Dire ce qui sera fait de la parole, où et quand elle paraîtra.
Annoncer que la personne peut s’arrêter à tout moment, et le respecter à la lettre.
Poser des questions ouvertes et laisser les silences : ne pas combler, ne pas relancer trop vite.
Ne jamais demander « qu’avez-vous ressenti » : la question est intrusive et sans réponse utile.
Ne jamais insister après un refus, et ne pas revenir par une autre personne.
Laisser un moyen de recontacter, et le faire savoir : certaines personnes rappellent plus tard.
Un cas concret
La question à bannir est « qu’avez-vous ressenti ». La personne vient de le vivre, la réponse est évidente, et la question la ramène au moment le plus dur sans rien apporter au récit. « Que s’est-il passé, dans l’ordre ? » recueille davantage et protège mieux.
Les erreurs à éviter
Filmer avant d’avoir demandé.
Demander à quelqu’un ce qu’il a ressenti.
Insister après un refus, ou repasser par un collègue.
Combler les silences par des relances.
Les bons réflexes
Demander avant de sortir le matériel, toujours.
Rendre le contrôle : la personne peut s’arrêter quand elle veut.