En un mot. Les penseurs qui interrogent le pouvoir contenu dans la communication.
Définition
Le courant critique, d’origine largement européenne, analyse la communication comme un rapport social traversé de rapports de pouvoir. Il s’intéresse aux conditions du débat public, aux significations idéologiques des messages et aux logiques économiques des médias.
Pourquoi c’est important
Un praticien qui ignore ce courant sait produire des messages mais ne sait pas dire ce que ses messages font au monde. C’est la différence entre un exécutant et un professionnel responsable.
Comment ça marche
Ces auteurs déplacent la question. Là où la recherche américaine demande « quel effet ? », l’école critique demande « quel intérêt ? ». Les deux approches ne s’excluent pas : elles éclairent des faces différentes du même objet.
Les repères
Jürgen Habermas, « L’espace public » (1962) : comment un espace de discussion rationnelle s’est formé, puis dégradé sous la pression commerciale.
Roland Barthes, « Mythologies » (1957) : comment un message culturel fait passer une construction sociale pour un fait naturel.
Guy Debord, « La société du spectacle » (1967) : la représentation prend la place du rapport social qu’elle prétend décrire.
Stuart Hall, « Encoding / Decoding » (1973) : le public décode selon sa position sociale, et peut décoder à rebours.
Pierre Bourdieu, « Sur la télévision » (1996) : les contraintes du format et de l’audience produisent une censure qui ne se voit pas.
Armand et Michèle Mattelart, « Histoire des théories de la communication » (1995) : la carte du champ, indispensable pour s’y repérer.
Dominique Wolton, « Penser la communication » (1997) : la communication comme condition de la démocratie, et ses limites.
Philippe Breton, « La parole manipulée » (1997) : ce qui distingue convaincre de manipuler.
Un cas concret
Bourdieu montre qu’un invité de plateau dispose de deux minutes pour traiter un sujet complexe. Personne ne l’a censuré : le format a suffi. C’est ce type de contrainte invisible que ce courant apprend à repérer.
Les erreurs à éviter
Réduire ce courant à une posture de dénonciation.
L’opposer à la recherche empirique plutôt que de les combiner.
Citer « la société du spectacle » sans avoir lu Debord.
Croire qu’un praticien n’a pas besoin de cette réflexion.
Les bons réflexes
Commencer par « Mythologies », le plus accessible et le plus immédiatement utile.
Lire Hall avant de conclure qu’un message a été mal compris.
Croiser l’approche critique et l’approche par les effets.