Ce n’est pas une interview : on ne cherche pas une déclaration, on cherche un raisonnement. D’où le silence, les relances, et l’interdiction de poser la question qui contient sa réponse.
En un mot. Interroger des personnes pour comprendre comment elles pensent, pas pour obtenir une citation.
Technique de production de données qualitatives. L’entretien directif suit un questionnaire fermé ; le semi-directif suit un guide thématique avec relances libres ; le non-directif part d’une consigne unique. Le semi-directif domine en recherche en communication.
Les étudiants issus d’une formation en communication ou en journalisme arrivent avec un réflexe d’interview, et c’est précisément ce qu’il faut désapprendre. Le journaliste cherche une réponse publiable ; le chercheur cherche la logique qui produit la réponse, y compris ses contradictions. Un bon entretien de recherche contient des hésitations, des revirements et des silences — matériau précieux qu’une interview couperait.
Le guide d’entretien s’organise en trois ou quatre thèmes, pas en questions : les questions se formulent sur le moment, à partir de ce que la personne dit. Trois techniques font la différence. La relance en écho — reprendre le dernier mot de la personne — qui relance sans orienter. Le silence, tenu quelques secondes, qui produit presque toujours un approfondissement. Et la demande d’exemple : « vous pourriez me raconter une fois où cela s’est passé ? », qui fait descendre du discours général à la pratique réelle, là où se trouve l’information. À l’inverse, deux formulations sont à proscrire : la question fermée, qui obtient oui ou non, et la question qui contient sa réponse — « diriez-vous que c’est un problème de moyens ? » installe le cadre du chercheur à la place de celui de l’enquêté. La transcription, enfin, se fait intégralement, hésitations comprises : ce sont souvent elles qui portent l’analyse.
« Vous pourriez me raconter une fois où cela s’est passé ? » est la question la plus productive de l’entretien de recherche. Elle fait passer du discours institutionnel — ce que la personne estime devoir dire — à la pratique réelle. La différence entre les deux registres est souvent, à elle seule, un résultat de recherche.
Cette carte comporte 1 question de contrôle, dans la version interactive.