Corpus, saturation, triangulation, réflexivité, validité, induction. Les mots qu’un directeur de mémoire emploie sans les définir, parce qu’il les croit connus.
En un mot. Les mots de la méthode scientifique, expliqués pour un étudiant en communication.
Définition
Vocabulaire méthodologique commun aux sciences sociales et employé en sciences de l’information et de la communication, portant sur la construction de l’objet, la production des données, leur traitement et l’appréciation de leur solidité.
Pourquoi c’est important
Ces mots circulent en séminaire comme s’ils allaient de soi, et un étudiant qui n’ose pas demander avance plusieurs mois sans comprendre les remarques qu’on lui fait. Beaucoup d’entre eux désignent pourtant des opérations très concrètes, qu’il suffit d’avoir nommées une fois pour les reconnaître dans son propre travail.
Comment ça marche
Trois familles se distinguent. Les mots de la construction — ce qu’on décide avant de collecter. Les mots de la production — comment on obtient le matériau. Et les mots du contrôle — comment on juge si le résultat tient. C’est la troisième famille qui pèse le plus en soutenance, et c’est celle que les étudiants connaissent le moins.
Les repères
Objet de recherche : la question construite, à distinguer du thème. Le thème est donné, l’objet se fabrique.
Corpus : l’ensemble fini et justifié du matériau analysé, délimité par une règle écrite avant la collecte.
Échantillon : la fraction d’une population retenue pour l’étude. Probabiliste, il autorise la généralisation ; de convenance, il ne l’autorise pas.
Variable : une caractéristique qui prend des valeurs différentes selon les cas. Indépendante si elle est supposée agir, dépendante si elle est supposée subir.
Induction : partir des données pour construire une explication. Déduction : partir d’une théorie et la mettre à l’épreuve. Les deux sont légitimes, mais pas dans le même mouvement.
Saturation : le moment où les entretiens supplémentaires n’apportent plus d’élément nouveau. C’est elle, et non un nombre fixé d’avance, qui justifie l’arrêt d’une enquête qualitative.
Triangulation : confronter plusieurs sources ou plusieurs méthodes sur le même objet. Un résultat qui tient par deux voies différentes est nettement plus solide.
Réflexivité : examiner par écrit l’effet de sa propre position sur ce qu’on observe. Elle n’est pas une confession, c’est une donnée méthodologique.
Validité interne : ce que l’on mesure est bien ce que l’on croit mesurer. Validité externe : le résultat vaut au-delà du cas étudié.
Fiabilité : un autre chercheur appliquant la même procédure obtiendrait le même résultat. C’est ce que teste le double codage.
Biais de désirabilité : l’enquêté répond ce qu’il juge convenable plutôt que ce qu’il fait. Il se contourne en demandant des exemples vécus.
Effet de structure : un écart entre deux groupes qui s’explique par leur composition et non par ce qu’on étudie. À vérifier avant toute comparaison.
Idéal-type : une construction volontairement simplifiée qui sert d’étalon de comparaison. Elle n’existe nulle part telle quelle, et ce n’est pas un défaut.
Protocole : la description écrite et complète de ce qui a été fait, assez précise pour être refaite. Elle se rédige pendant, jamais après.
Un cas concret
La saturation est le mot qui règle la question que tous les étudiants posent : « combien d’entretiens faut-il ? ». La réponse n’est pas un nombre mais un critère — on s’arrête quand un entretien de plus n’apporte plus rien de nouveau. Cela se constate, se date et s’écrit ; et cela arrive souvent plus tôt qu’on ne le craignait.
Les erreurs à éviter
Fixer d’avance un nombre d’entretiens sans critère d’arrêt.
Généraliser depuis un échantillon de convenance.
Mélanger induction et déduction dans le même raisonnement.
Comparer deux groupes sans contrôler l’effet de structure.