Une grille utile pour formuler des hypothèses, et dangereuse dès qu’on s’en sert pour conclure sur quelqu’un. Ses limites sont aussi importantes que son contenu.
En un mot. Des grilles qui comparent les cultures sur quelques axes — rapport à la hiérarchie, à l’individu, à l’incertitude — et ce qu’elles ne permettent pas de faire.
Modèles de comparaison interculturelle, dont le plus connu est celui de Geert Hofstede, qui situent les cultures nationales sur un petit nombre de dimensions : distance hiérarchique, individualisme et collectivisme, rapport à l’incertitude, orientation temporelle.
Ces grilles sont massivement utilisées en formation et en communication internationale, et massivement mal employées. Elles servent à préparer une hypothèse — « la validation passera peut-être par un niveau hiérarchique supérieur » — et non à prédire le comportement d’une personne. La différence entre ces deux usages n’est pas de nuance : elle sépare un outil de travail d’un préjugé outillé.
Quatre limites doivent accompagner tout usage. La variation interne à un pays est le plus souvent supérieure à l’écart entre deux pays : deux Guinéens diffèrent davantage entre eux que la moyenne guinéenne ne diffère d’une autre moyenne. Le découpage par nation confond l’État et la culture, ce qui est particulièrement inadapté là où coexistent plusieurs groupes linguistiques et culturels. Les données originelles proviennent d’enquêtes anciennes conduites dans un cadre professionnel particulier. Et une moyenne ne dit rien de l’individu qu’on a en face de soi.
L’usage le plus répandu et le plus fautif consiste à expliquer après coup un désaccord par une dimension culturelle. Un interlocuteur qui n’a pas répondu n’a peut-être pas répondu parce qu’il était en congé. Attribuer à la culture ce qui s’explique par une circonstance ordinaire est un raisonnement invérifiable, et il empêche de chercher la vraie raison.
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