Off, background, sous embargo, source primaire, fuite, taupe, fixeur. Des mots qui n’ont pas le même sens d’une rédaction à l’autre, et dont le malentendu coûte une source.
En un mot. Le vocabulaire employé pour désigner les informateurs et les régimes de confidentialité.
Définition
Ces termes désignent des accords passés entre un journaliste et une source sur ce qui peut être publié et sous quelle forme. Leur définition n’est ni légale ni universelle : elle varie selon les pays, les rédactions et parfois les personnes.
Pourquoi c’est important
C’est le domaine où le malentendu se paie le plus cher. Une source qui croyait parler sous une protection qu’elle n’avait pas peut perdre son emploi, et le journaliste perd toutes les sources du même milieu.
Comment ça marche
La règle qui évite tout : ne jamais supposer qu’un mot a la même définition pour les deux parties. Reformuler explicitement ce qui est convenu, avant de parler, prend dix secondes et remplace toutes les conventions implicites.
Les repères
Source primaire : le document ou le témoin direct, par opposition à ce qui le rapporte.
Source secondaire : un relais qui rapporte une information qu’il n’a pas constatée.
Source ouverte : une information publiquement accessible, sans intermédiaire.
Attribution : le fait de nommer la source d’une information dans le texte.
Source citée : la personne nommée, qui assume publiquement ses propos.
Source anonyme : une personne dont l’identité n’est pas publiée mais connue du journaliste.
Off : un régime où l’information ne peut pas être publiée, selon l’accord convenu. À ne pas confondre avec le off de l’audiovisuel, qui désigne la voix du journaliste sur des images : même mot, deux métiers, aucun rapport.
Background : un régime où l’information sert à comprendre sans être citée telle quelle.
Sous couvert d’anonymat : la publication de l’information avec une qualification de la source.
Embargo : la remise anticipée d’une information, publiable à une heure convenue.
Fuite : la transmission non autorisée d’un document par quelqu’un qui y avait accès.
Lanceur d’alerte : une personne qui signale une pratique contraire à l’intérêt général.
Fixeur : le collaborateur local qui ouvre les accès, traduit et guide sur le terrain.
Recoupement : la confirmation d’un fait par une seconde source indépendante.
Indépendance des sources : le fait qu’elles ne tiennent pas l’information l’une de l’autre.
Protection des sources : l’engagement de ne jamais révéler leur identité.
Cloisonnement : la séparation des informations pour qu’une fuite n’expose pas tout.
Canal sécurisé : un moyen de communication chiffré, réservé aux échanges sensibles.
Métadonnées : ici les traces d’un échange, qui exposent souvent plus que son contenu. Sur un fichier image, le mot désigne la date et le lieu embarqués.
Chaîne de conservation : la trace documentée du parcours d’un document reçu.
Un cas concret
La phrase qui protège tout le monde tient en une ligne, dite avant l’entretien : « je vous propose que rien ne soit publiable sauf ce que nous reverrons ensemble à la fin ». Elle remplace le mot off, dont chacun a sa définition.
Les erreurs à éviter
Supposer que off signifie la même chose pour les deux parties.
Négocier le régime après que la phrase a été dite.
Traiter deux sources d’une même origine comme un recoupement.
Protéger le contenu d’un échange sans protéger ses métadonnées.
Les bons réflexes
Reformuler l’accord explicitement, avant de parler.