Le silence n’est pas l’absence de communication : c’est un message, que le public interprète toujours, et rarement en votre faveur. Il existe pourtant des silences légitimes, et il faut savoir les distinguer.
En un mot. Ce que produit le fait de ne pas répondre, et les rares cas où se taire est la bonne décision.
Stratégie d’abstention communicationnelle, délibérée ou subie. Elle se distingue du refus motivé de commenter et de l’absence de réponse, qui ne produisent pas les mêmes effets, et dont la différence tient à ce qui est dit du silence lui-même.
Le réflexe des directions, face à un sujet difficile, est de ne rien dire en espérant que l’attention se détourne. Cela fonctionne parfois, et c’est précisément ce qui rend le réflexe dangereux : les cas où le silence a marché sont visibles, ceux où il a laissé le récit se construire sans vous ne le sont pas. Dans l’intervalle, d’autres parlent — un syndicat, un ancien salarié, un concurrent, une rumeur — et leur version devient la version par défaut.
Il faut distinguer trois situations que l’on confond. Le silence subi : on ne dit rien parce qu’on ne sait pas quoi dire, ou parce que la décision remonte trop haut. C’est le plus fréquent et le plus coûteux, car il est lu comme un aveu. Le refus motivé : on dit pourquoi on ne dira rien — une procédure en cours, le respect de personnes concernées, une information non vérifiée — et l’on annonce quand on reparlera. Ce n’est pas du silence, c’est une réponse, et elle est presque toujours acceptée. Le silence choisi, enfin : ne pas répondre à une attaque pour ne pas lui donner d’audience. Il est légitime dans un cas précis — lorsque répondre ferait connaître le sujet à un public qui l’ignore — et il suppose d’avoir mesuré la diffusion réelle, pas de l’avoir supposée faible. Deux règles encadrent l’ensemble : le silence n’est jamais une position tenable au-delà de quelques heures sur un sujet qui circule, et « sans commentaire » est la pire des formules, puisqu’elle refuse de répondre sans dire pourquoi.
« Sans commentaire » refuse de répondre et refuse d’expliquer le refus : le public comble les deux vides à votre place. « Une procédure judiciaire est en cours, nous ne pouvons rien dire sur le fond avant son terme ; voici en revanche ce que nous pouvons confirmer des faits matériels » dit non, et dit pourquoi — et personne n’y lit un aveu.
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